L’essentielCette étude ne trouve pas de différence significative dans les biais cognitifs entre les personnes restées à faibles revenus et celles ayant connu une ascension économique après une enfance défavorisée. Elle remet donc en question l’idée selon laquelle la persistance de la pauvreté s’expliquerait simplement par de moins bonnes décisions individuelles. Article fourni, p. 4–7 1. La question de rechercheDans cet article publié en 2023 dans Scientific Reports, Kai Ruggeri et ses collègues cherchent à savoir si les personnes qui sortent d’un milieu économiquement défavorisé sont moins sujettes aux biais cognitifs que celles qui restent dans une situation financière difficile.Les auteurs appellent « déviance positive » le fait d’avoir grandi dans un foyer à faibles revenus, puis d’atteindre à l’âge adulte un niveau de revenus dépassant le seuil retenu dans l’étude. Il s’agit ici d’un terme de recherche, sans connotation négative. Article fourni, p. 3 et 9 2. La méthodeÉchantillon recueilli : 4 958 participants dans 27 pays, avec des questionnaires en 22 langues.Comparaison principale : 1 458 personnes issues de foyers défavorisés, réparties entre celles restées à faibles revenus et celles ayant connu une ascension économique.Mesures : 15 questions de décision destinées à évaluer 10 biais cognitifs, notamment l’aversion aux pertes, l’effet de cadrage, la préférence pour une récompense immédiate et deux formes d’excès de confiance.Analyses : comparaisons statistiques entre groupes, régressions et analyses bayésiennes, en tenant compte du pays de résidence.La classification économique repose sur l’enfance déclarée par les participants et sur leurs revenus actuels, comparés à un seuil combinant le revenu national moyen et le revenu médian de l’échantillon de chaque pays. Article fourni, p. 4 et 8–9 3. Les principaux résultatsLes personnes ayant connu une ascension économique ne se montrent pas systématiquement moins biaisées. Aucun des dix modèles de régression ne met en évidence de différence statistiquement significative liée à l’appartenance aux deux groupes. Les analyses complémentaires vont dans le même sens. Article fourni, p. 4–6 Les biais sont pourtant bien présents dans les réponses : les auteurs rapportent, par exemple, une fréquence de 28,2 % pour la préférence temporelle mesurée et de 70 % pour le biais d’ambiguïté. Ils observent également que les différents biais sont généralement peu corrélés : manifester un biais ne signifie donc pas nécessairement en manifester beaucoup d’autres. Article fourni, p. 4 des interventions structurelles, qui s’attaquent aux obstacles et au manque de ressources ou d’opportunités.L’étude ne dit pas que les comportements individuels sont sans importance, mais que les biais étudiés ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les différences de trajectoire économique observées. Article fourni, p. 7 5. Les limites à garder en têteDes décisions simplifiées : les questions du questionnaire ne reproduisent pas nécessairement les choix financiers réels.Un échantillon non représentatif : le recrutement s’est largement effectué en ligne et 78,8 % des participants avaient terminé des études supérieures.Des situations économiques autodéclarées : le classement des participants dépend notamment de leurs souvenirs de leur enfance et du seuil de revenu choisi.Pas de suivi des trajectoires dans le temps : l’étude compare les groupes au moment de l’enquête ; elle ne démontre pas les causes de leur ascension ou de leur maintien dans la précarité.De petits effets restent possibles : les auteurs reconnaissent que les sous-groupes peuvent être trop restreints pour les détecter. L’absence de différence significative ne prouve pas une identité parfaite entre les groupes. Article fourni, p. 5 et 7–9
source: https://www.nature.com/articles/s41598-023-36339-2#Sec7.